Du noir et du blanc


Un ami, qui a deux tableaux de lui en vis-à-vis dans sa salle, m’avait signalé sa migration de Rennes vers l’ouest. Jacques Guichebard s’est installé aux abords de l’Aber-Ildut, et c’est sans doute la première fois qu’il expose à Brest, dans un lieu très accessible puisqu’il s’agit de la librairie Dialogues. J’ai vu l’exposition ce matin. Les têtes de poisson, sur fond blanc, alternent avec des tableaux plutôt noirs, qui s’apparentent d’une certaine manière à ceux que je connaissais déjà.

Jacques Guichebard se pose une question existentielle à laquelle j’avoue que je n’avais jamais pensé : l’œil du poisson voit-il celui de l’homme lorsqu’il atterrit sur le pont du bateau, pour mourir ? Au premier regard, j’avais l’impression que ses têtes de poisson se ressemblaient toutes : elles sont dessinées au trait, toutes en longueur, et le fait qu’on ne voit jamais le poisson – c’est du lieu jaune, si je ne m’abuse – en son entier en accentue l’effet saisissant. Les têtes sont donc toutes différentes. Un peu tristes sans doute. Le peintre a l’œil.
Les tableaux noirs, qui vont du petit carré au grand format, ont été peints à la suite d’un séjour de Jacques Guichebard à Rome. Il y a visité les catacombes. Ses tableaux ne sont pas tout noirs, comme ceux de Soulages. Soulages lui-même, tout peintre du noir qu’il soit, disait ces derniers jours à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée en ce moment au Centre Pompidou que la lumière est d’une richesse inimaginable.
Je n’ai sans doute vu qu’une fois ou deux des tableaux de Soulages. Ceux que Jacques Guichebard expose à Dialogues intègrent un ou plusieurs visages d’un jaune sombre, émacié, qui se fond lui-même dans le noir. Est-ce ainsi que sont ceux qu’on voit dans les catacombes de Rome ? On dirait des têtes de momie, encore que les momies égyptiennes que j’ai vues à Londres n’ont pas du tout cette couleur argileuse. Les tableaux noirs et les visages terreux de Guichebard seraient-ils un reflet de nos inquiétudes dans le monde tel qu’il est ? Il y a en même temps en eux une forme d’éternité. C’est sans doute pour mieux nous questionner ?
Jacques Guichebard, à la Librairie Dialogues, à Brest, pour quelques jours encore, jusque fin octobre.

 

Fanch Broudic

Texte écrit pour  l'exposition Tête à tête - Face à face

Librairie Dialogue

Brest - 2005

 

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