Mais le cœur, noyau vital, n'est qu'un muscle creux – enveloppe qui impulse le temps, prend la mesure du corps, compte les battements et les coups, propulse le fluide jusqu'aux réseaux périphériques, jusqu'à l a peau qui impressionne les pulsions, les rythmes la couleur, jusqu'au bout des doigts. Jusqu'à la toile.

On peut affirmer du travail de Guichebard qu'il est musique. Jazz. La pulsation rythmique du tempo musical, incorporé, quand la peinture est conduite à l'écoute de musique free ou soul, se projette sur la toile. Temps limite. Time out.

Quelquefois le thèmexpressionnisme abstrait 8 20120711 1482492241e, la mélodie s'élèvent, s'impose, trajectoire fulgurante qui dessine des figures. Rifles. Rafales. Figures, non pas de l'homme ni de ses emblèmes, mais plutôt de son temps ou de son espace de vie et de mort. Les ovoïdes des peintures de l’hiver 85/86 évoquent aussi bien l'arche, le bouclier, les cercueils, la vulve. Trajets. Il cherche à impulser du geste qui ne génère pas des traces du corps, où l'on ne reconnaisse pas l'image du corps à l'oeuvre, mais un geste qui produise des figures du temps et de l'espace.

Des couvrements : révélation.

Les peintures sont soumises à recouvrements multiples, chronologies variables les reprises incessantes ont fait disparaître ainsi des dizaines de toiles antérieures sous un magma éruptif.

Recouvrir, pour éviter que l’œuvre ne s'achève, quand le temps de la pulsion perdure, que la vie continue à sourdre ou que le sommeil fuit – pas pour éviter de révéler.

Ce sont les couvrements qui révèlent : l'affouillement réitère des couches découvre la richesse colorée des fonds antérieurs, fait surgir la couleur réactive des configurations, construit un nouvel espace pictural. Subjectif présent, subjectile lumière.

Subversion.

« Pollock ? Ce serait des peintures vraiment intéressantes pour repeindre dessus “.

L'affrontement de Guichebard à la toile est violent ; ses pinceaux usés sont javelots lances ou flèches : projectiles.

Là, dans l'épiderme enflammé de la toile (la violence des rouges s'exacerbe dans l'inextricable veinage des noirs) apparaît l'image d'une peau. Surgit alors la métaphore de la tunique de Nessos le Centaure, enveloppe ardente chargée d'excrétions, de sperme de sang et de sueur.

" L'artiste se vit pénétré et fouillé dans son corps par l'hydre aux cent têtes de désirs incontrôlables, et ne trouve le repos, ne parvient à renoncer à ses amours (à mourir) que d'une habile machination. Il en grave les aiguillons sur le support de l’œuvre ".

J. Guillaumin (Corps création)

La violence des traces tente de combler le manque, la saturation de la pâte et du geste résoud alors les ruptures d'une histoire, les dix années de silence que l'histoire a...

Anne Kerdraon

pour l'exposition Expressionnisme abstrait

au Centre Pablo Neruda de Corbeil-Essonnes (1987)