expressionnisme abstrait 7 20120711 1693368267À l'approche du peintre, les voies sont obscures, le ciel plein d'intempéries, la forêt intense, à grands feux d'éclairs, l'ombre humaine, apparaître avant de disparaître en filaments dans le limon de la terre.

D'autres formes closes émergeront, boucliers, bouches, stèles, tombes, magie de la courbe protectrice, rencontre du corps et du cosmos.

La couleur et la matière occupent tout l'espace et imprègnent la présence du signe, ruine anticipée d'un passé recouvert jusqu'à la limite excessive, la superposition des couches neutralise la mémoire et rend aveugle l'avenir. L'accumulation des traces annule le contour des formes, déjà d'autres forces interviennent, le peintrerejette la couleur dans l'infini, émancipe les apparences, toute apparition du visible sera perturbée, le fond n'obéit plus à la forme et fait éclater la limitation de la figure.

Tout devient la même substance, noir et blanc se mêlent et se détruisent pour trouver le passage de la limite éclair d'une configuration précaire. La forme d'un personnage organiquement susurré se dissolvera de nouveau dans la fusion de la matière. Sans distance laissant la peinture faire irruption, aller et venir jusqu'à l'extrême bord, le peintre doit laisser remonter à la surface la fie dans toutes ses sources et par toutes ses failles.

Le corps s'élance pour rejoindre l'ombre, il sera porteur de l'énergie de la terre, du ciel, de la mort, du sexe et irriguera tout le creuset du tableau en effervescence. Peinture de surgissement où l'espace et le corps sont liés comme un cri. Le graphisme noir révèle la main qui trace et non le concept.

Guichebard doit harceler la matière pour conserver un espace toujours ouvert et reconquérir un territoire qui se couvre sans cesse de signes.

Soumis à l’impétueuse nécessité d'un corps à corps où le tableau n'est pas le fruit d'un calcul mais d'une projection personnelle tellement intense qu'elle va jusqu'à l'absence et l'éclatement du moi avant de renaître.

Comme le dit Cioran : « La mort ne nous donne le vertige que pour mieux nous soulever au dessus de nous même, au même titre que l'amour : l'un et l'autre forçant les cadres de notre existence au point de les faire éclater, nous désintègrent et nous fortifient, nous ruinent par le détour de la plénitude ».

 

Chantal Cusin-Berche

pour l'expostion Expressionnisme Abstrait

au Centre Pablo Neruda de Corbeil-Essonnes